Quand la machine devient humaine
Avant, je vivais comme un robot, une machine dotée d’un cerveau, responsable d’un corps que je n’écoutais jamais.
J’ai commencé à tomber malade dès mes trois ans. J’ai subi 25 opérations, j’ai eu toutes sortes d’affections : des cancers, une perte d’audition, etc. J’ai grandi avec cette conviction que l’existence se résumait à ça : avancer, produire, ne pas s’attarder. On m’a éduqué à la dure. Jusqu’à mes 42 ans, j’ai agi comme un petit soldat dont le rôle consiste à obéir sans chercher à comprendre. Cela a occasionné beaucoup de souffrances en moi. Mon corps ne me laissait jamais tranquille. Les opérations, je les subissais chaque année ou presque. Une intervention chassait l’autre. Je ne m’écoutais pas. Je devais aller bien. Point final. Jusqu’à ce que tout s’effondre, le lundi 19 novembre 2018, peu de temps après mon cancer du sein.
Une grande fissure
Une ancienne collègue et amie m’avait fait la surprise de me rendre visite sur mon lieu de travail. Elle avait commencé par se rétracter et je me souviens de la profonde tristesse qui m’avait traversée à l’idée de ne pas la voir. Et puis, contre toute attente, voilà qu’elle s’est présentée ! Je n’oublierai jamais le bonheur que j’ai ressenti quand elle a sonné à la porte de la bibliothèque et que je suis allée lui ouvrir. Pour tout dire, cette collègue n’est pas qu’une amie, je ressens de l’amour pour elle.
Pourtant, le plus troublant n’a pas été cette joie, mais ce qui a suivi. De manière incompréhensible, le lundi soir même, je me suis mise à pleurer longuement, sans pouvoir m’arrêter. Le lendemain, les pleurs sont revenus. Je n’avais aucune idée de ce qui m’arrivait et restais impuissante à mettre des mots sur cet effondrement soudain. J’ai alors décidé d’entamer une psychothérapie grâce à laquelle j’ai réalisé que cette amie chère à mon cœur avait déclenché un réveil post-traumatique. Un réveil qui n’avait rien d’une délivrance. Tout était devenu gris et vide, comme si j’avais dû traverser l’enfer. J’ai alors entamé un long travail de reconstruction, fait d’aller-retour avec ma psy. Entre deux séances, je réfléchissais beaucoup, la nuit surtout. Ce travail éprouvant, intense, allait durer des années, et me fatiguer terriblement.
Quand j’avais six ou sept ans, j’ai été victime de plusieurs abus sexuels. Pour ne pas subir, j’ai bétonné mon cœur, couche après couche, jusqu’à ce qu’enfin, ce béton se fissure et que ce qui était enfoui remonte à la surface. J’avais créé un monde dont je contrôlais tous les aspects, avec un tiroir pour chaque situation. Toute spontanéité avait disparu, comme une marionnette contrôlée par la seule nécessité inconsciente de ne pas souffrir.
Les remèdes
En 2019, j’ai découvert la médecine symbolique. Cette discipline part du principe que l’on est créateur de tout, à commencer par nos propres maladies. Pendant les deux heures que dure une séance, j’avais l’impression de passer dans un rouleau compresseur. Quelle incroyable expérience ! Mylène, ma thérapeute, utilisait ses baguettes de sourcier et parlait à l’invisible. Toutes ces séances m’ont permis de vivre des moments formidables qui m’ont profondément soulagé : nous avons évoqué certains évènements du passé et les lignées. J’ai appris, par exemple, à communiquer avec ma grand-mère défunte.
J’ai demandé à Mylène quelques conseils de lecture, car je suis une passionnée de livres. J’ai pu ainsi mieux connaître cette discipline, en découvrir les concepts-clés. À commencer par l’harmonisation habitat-habitant, qui indique que la maison reflète l’état intérieur de ses occupants et que leurs problèmes se manifestent symboliquement dans le lieu de vie. En « soignant » énergétiquement et symboliquement l’habitat (nettoyage, rééquilibrage des énergies, travail sur les messages du lieu), on accompagne en parallèle une transformation de la personne, de sa conscience et de sa santé. Comment alors ne pas déduire que je suis à l’origine de toutes les maladies et les cancers que j’ai pu subir ? Armée de mes baguettes, outils de guérison de la médecine symbolique, j’ai entamé mon propre rétablissement.
Avant 2018, rien de tout cela n’aurait été envisageable. J’étais bien trop terre-à-terre. Malgré les changements considérables apportés par la pratique de ce savoir dès 2019, j’ai fait face à de nouveaux malaises. Espacés au début, ils sont devenus de plus en plus fréquents. De toute évidence, je n’étais pas guérie. Je continuais de ne pas m’écouter, même si les démarches que j’avais entamées m’avaient déjà transformé sans que j’en prenne conscience.
Mais le chemin a été long, avec un ancien moi tenace. Face à ces malaises, je rassurais l’entourage qui en était témoin. Tout ça n’était pas grave, j’allais me relever. Il suffisait d’attendre un peu. Jusqu’à ce jour de septembre 2020 où, terrassée par la douleur, je ne me suis pas relevée.
Retomber
J’ai alors traversé une période très difficile : j’ai dû rester alitée, dans le noir, vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Je ne pouvais même plus parler, seuls mes organes vitaux fonctionnaient encore. Je vivais comme un légume qui respire.
Petit à petit, j’ai fini par me sentir mieux. J’ai retrouvé l’usage de la parole, sans bégayer, et j’ai commencé à réfléchir de plus en plus sur le sens de la vie. Je me suis rendu compte lentement que mon corps n’était peut-être pas qu’une machine. J’ai réussi à reprendre le dessus et j’en suis fière.
J’ai pourtant fait une récidive de cancer du sein. Loin de m’accabler, j’ai vécu ce coup du sort comme une bénédiction. C’était un signal que je ne pouvais ignorer, une nouvelle mise en garde face au peu d’écoute que je témoignais à mon corps. Toutes les autres maladies auxquelles j’avais dû me confronter par le passé ne m’avaient pas empêché de vouloir tout minimiser. Cet état d’esprit ne m’a pas quitté, mais cette fois, je le vivais différemment. Grâce à mon parcours de guérison, j’ai pu mesurer toutes les conséquences de cette récidive. J’écoutais le médecin prononcer son diagnostic et je me sentais devenir humaine, je m’efforçais de comprendre pourquoi, alors qu’avant, sans réfléchir, j’aurais dit : « Bon, alors on fait quoi ? »
Le traitement s’est bien déroulé et, en 2021, j’ai approfondi mes recherches sur la médecine symbolique. J’ai découvert le livre de Rose et Gilles Gandy, le chaînon manquant. J’avais déjà pris conscience des causes responsables de l’apparition des maladies, mais ce livre m’a permis d’aller plus loin : contrairement à ce que beaucoup pensent, nous pouvons tout créer, tout transformer. Au lieu de subir.
En 2023, mon intérêt pour la médecine symbolique n’a pas faibli et j’ai suivi un séjour dédié au soin de l’âme. J’ai découvert qu’il existe une « passerelle » que chacun d’entre nous doit traverser. Je me suis familiarisée avec l’ennéagramme et les constellations, deux outils qui m’aideront beaucoup par la suite. J’ai réalisé beaucoup de progrès qui ont favorisé mon ouverture au monde ces cinq dernières années. J’avance, j’expérimente, mais je reste sceptique, une partie de moi n’y adhère pas encore complètement. J’avoue que j’ai tendance à me sentir un peu irritée lorsque les personnes avec qui je partage mes récentes découvertes me répondent « oui, mais toi, tu y crois ». En réalité, il en a fallu beaucoup pour me convaincre.
Les pièces du puzzle ont continué de s’assembler et, du jour au lendemain, j’ai compris que j’avais traversé ma passerelle. Le lendemain de mon passage, j’ai croisé une connaissance qui a semblé surprise de ma façon d’être. Au point qu’elle m’a clairement fait remarquer que j’avais changé.
Sur le chemin du soin
En 2024, j’ai pu développer mon savoir à l’occasion d’une autre formation de médecine de l’âme à Bordeaux. J’ai appris à tenir les baguettes et à m’appliquer moi-même les soins tout en prenant plaisir à les dispenser à mes proches. Ma mère, ma sœur ainsi que tous ceux qui le désiraient en ont profité. J’ai fait la rencontre d’Olivier, un énergéticien, et nous avons travaillé sur les énergies, les allergies, les corps éthériques, astraux et mentaux. Ils auront permis à mon corps d’opérer de nouvelles transformations. Un mardi matin, je me suis réveillée en pleine forme à la suite d’un soin effectué la veille. C’est incompréhensible, avant je me levais chaque jour avec des douleurs, et ce mardi-là, tout a disparu. C’était tellement incroyable que je n’ai pas réalisé tout de suite à quel point j’étais bien. Nous avons poursuivi ensemble les soins jusqu’à ce qu’il découvre que j’avais besoin d’un soin d’âme. Voilà un bel exemple de synchronicité, car, quelques semaines plus tôt, ma nièce m’avait mise en relation avec Valérie, une chamane qui pratiquait en distanciel depuis le Var.
Fin 2024, le chamanisme fait donc son entrée dans ma vie. À cette époque, le chemin que j’avais parcouru était déjà considérable, mais là, j’ai pu aller encore plus loin. J’avais atteint un palier avec la médecine symbolique, mes douleurs revenaient, je ne m’en débarrassais plus aussi facilement. Cette pratique spirituelle me rattache à une dimension plus vaste en établissant un lien avec des forces extérieures, notamment grâce au tambour, outil central du chaman. C’est magique, même si les effets sont bien réels. Le mal de dos dont je souffrais à ce moment-là a disparu. Pour moi, il n’y a plus de doute, nous faisons partie du grand tout. Nous parlons beaucoup avec Valérie. Elle me guide durant les séances de trois heures et nous travaillons à ce que je devienne autonome. J’ai réalisé que nous ne sommes à notre échelle qu’une toute petite partie du monde. Nous vivons ce que nous avons à vivre et nous avons tous besoin les uns des autres pour que la planète continue de tourner
La Marie d’après
J’ai vécu beaucoup de moments difficiles, faits de maladies, de souffrances, de rechutes et, bien sûr, il y a les abus sexuels que j’ai subis. C’est d’ailleurs à cause d’eux que je me suis éloignée quelque temps de ma mère parce qu’elle refusait de me croire. Tous ces évènements m’ont permis de devenir la Marie d’aujourd’hui. Ce que nous traversons nous transforme positivement si nous en tirons l’enseignement approprié. Les épreuves doivent être vécues comme une aubaine.
Malheureusement, tant de bouleversements ne vont pas sans provoquer de la solitude. Je me suis éloignée de mes anciens amis, de tous ceux qui ne me correspondaient plus. J’ai évolué, je sais aujourd’hui qu’il y a des personnes qui appartiennent à notre famille d’âme et certaines sont même des âmes amoureuses. Parmi ces personnes, je compte ma collègue et amie pour qui j’éprouve des sentiments très forts. J’ai compris grâce à Valérie que ces sentiments sont partagés, quoique refoulés. Il y a Jean aussi, un ami de ma mère âgé de 72 ans, rencontré dernièrement lors d’un gala. Je me suis immédiatement sentie à l’aise en sa présence, nous avons vibré ensemble, nous nous sommes nourris. J’ai eu l’impression de le connaître depuis toujours.
De cette solitude nouvelle est née une vraie aptitude à l’écoute, un rayonnement provoqué par ma récente ouverture d’esprit. C’est ce que ressentent les gens. Valérie me répète que je suis un soleil, que j’irradie, mais n’exagérons rien ! J’ai acquis une réelle capacité de recul sur ce qui m’arrive, j’ai grandi, je perçois plus finement. Je sens bien que mon avis est considéré, que j’aide mon entourage. Ma mère est attentive à ce que je dis, elle se préoccupe de mon opinion. J’écoute, sans railler. C’est plus rare qu’on ne le croit. Beaucoup se moquent quand je parle de mes expériences — par peur, je suppose. L’envie d’aider me lasse parfois à cause de ces railleries. Pendant les formations, je m’attendais à découvrir un public averti, ouvert d’esprit, faisant preuve de tolérance et d’ancrage. Au lieu de ça, j’ai rencontré des gens maladroits avec les baguettes, pleins de problèmes. J’avoue les avoir jugés stupides alors qu’ils se destinaient pourtant à devenir thérapeutes. Quelle déception !
Aujourd’hui j’ai 50 ans, j’ai grandi, je porte un regard nouveau sur la vie. J’ai beaucoup appris et j’ai conscience qu’il en sera ainsi pour toujours. Depuis peu, je ressens qu’un certain nombre d’évènements positifs s’enchaînent. Malgré tout, je souffre encore. Je ne sais pas où je vais, je ne sais pas ce que j’aime, du moins je le conçois vaguement. Le fait d’être seule me pèse. Je n’arrive pas à garder le moral en toute situation. Je patiente depuis sept ans maintenant, à la suite de mon déclic en 2018, sans trop savoir ce que j’attends. Je continue d’explorer le chamanisme, j’applique mes soins grâce au tambour. Je verrai bien ce qu’il en résultera. Mon but n’est pas d’être thérapeute, mais je reste aux aguets, je laisse venir. Valérie m’a annoncé qu’elle cherchait quelqu’un pour les passages de tambour, je ne sais pas quoi en penser…
Je retiens simplement des enseignements que j’ai reçus que la vie est un chemin. Quand on suit le sien, les difficultés s’allègent. Alors j’évite de m’en écarter et j’essaie de rester moi-même.